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Partir un an : les aventures dessinéssinées de Chérie et Chéri
Georges Brassens, Je me suis fait tout petit
Je me suis fait tout petit
Inspiration
Cette chanson est inspirée de l'amour de Brassens pour Pupchen (poupée en allemand), qui restera sa compagne pendant toute sa vie et repose auprès de lui au Cimetère des pauvres à Sète.
[contact auteur : Philippe L.] - []
Joha
P&uuml;ppchen s&#039;appelait Joha Heyman. Brassens a fait sa rencontre en 1947, dans le XIV&egrave;me arrondissement de Paris. Cette rencontre lui aurait inspir&eacute; <a href="?page=texte&id=8" titre="Le parapluie">Le parapluie</a>. Morte en 1999, elle a &eacute;t&eacute; son &quot;&eacute;ternelle fianc&eacute;e&quot;, celle de <a href="?page=texte&id=100" titre="La non-demande en mariage">La non-demande en mariage</a>. Elle avait neuf ans de plus que lui.
[contact auteur : Michel M.] - []
Joha
Elle &eacute;tait aussi celle pour qui Brassens chantait <a href="?page=texte&id=92" titre="Saturne">Saturne</a>. Il s&#039;agissait d&#039;ailleurs de la chanson pr&eacute;f&egrave;r&eacute;e de Joha.<br /> <span class="citation">La petite pisseuse d&#039;en face peut bien aller ce rhabiller</span> pour Brassens &agrave; c&ocirc;t&eacute; de Joha. Quand bien m&ecirc;me cette derni&egrave;re est viellie.
[contact auteur : Florent N.] - []
Inspiration
S&#039;il est tentant de rapprocher P&uuml;ppchen et la <span class="citation">poup&eacute;e</span>, il semble plut&ocirc;t que Brassens explique son attendrissement devant une enfant, lui qui <span class="citation">n&#039;avait jamais &ocirc;t&eacute; son chapeau devant personne</span>.<br /> Ainsi, les <span class="citation">menottes</span>, les <span class="citation">dents de lait</span> ou la comparaison avec la poup&eacute;e qui <span class="citation">ferme les yeux quand on la couche</span> et <span class="citation">crie Maman quand on la touche</span> sont autant d&#039;indices qui donnent sa coh&eacute;rence au texte dans ce contexte... tout en le rendant plus <em>Brassensien</em>.
[contact auteur] - []
01Je n&#039;avais jamais &ocirc;t&eacute; mon chapeau
02Devant personne...
03Maintenant je rampe et je fais le beau
04Quand ell&#039; me sonne.
05J&#039;&eacute;tais chien m&eacute;chant... ell&#039; me fait manger
06Dans sa menotte.
07J&#039;avais des dents d&#039; loup... je les ai chang&eacute;es
08Pour des quenottes !
 
09Je m&#039; suis fait tout p&#039;tit devant un&#039; poup&eacute;e
Devant un&#039; poup&eacute;e
Cette poup&eacute;e est Pupchen, la compagne de Brassens quarante ans. Elle repose aupr&egrave;s de lui au Cimeti&egrave;re des Pauvres de S&egrave;te.
[contact auteur : Philippe L.] - []
10Qui ferm&#039; les yeux quand on la couche
11Je m&#039; suis fait tout p&#039;tit devant un&#039; poup&eacute;e
12Qui fait &quot;maman&quot; quand on la touche.
Poup&eacute;e qui fait Maman
Les premi&egrave;res poup&eacute;es parlantes ont vu le jour dans les ann&eacute;es cinquante. Elles &eacute;mettaient un vague couinement o&ugrave;, avec un peu d&#039;imagination, ou pouvait entendre &quot;Maman&quot;. Mais il fallait pour cela les prendre et les balancer d&#039;avant en arri&egrave;re (et vice-versa). <br /> Polnareff reprendra ce th&egrave;me avec &quot;La poup&eacute;e qui fait non&quot;.
[contact auteur : Henri T.] - []
Poup&eacute;e
A noter la puret&eacute; de la demoiselle, qui ne se couche que pour dormir et hurle si on veut la toucher... une puret&eacute; qui ne correspond pas &agrave; l&#039;id&eacute;e que Brassens donne de ses amoureuses habituelles, dans ses autres chansons.<br /> Il me semble que c&#039;est assez typique du discours amoureux (&quot;elle est diff&eacute;rente des autres, elle est pure et sinc&egrave;re&quot;)
[contact auteur : Julien U.] - []
Qui fait
En m&ecirc;me temps, pour &quot;faire&quot; (devenir) Maman, il faut bien qu&#039;il la touche...
[contact auteur : Bruno Barral] - []
 
13J&#039;&eacute;tais dur &agrave; cuire... ell&#039; m&#039;a converti
14La fine mouche,
Fine mouche
Autrefois, un espion s&#039;appelait une mouche et ceci d&egrave;s le XVe si&egrave;cle. Du reste le mot mouchard tient l&agrave; son origine. Par extension, on appela &eacute;galement du nom de mouches les policiers charg&eacute;s de filature.<br /> Une fine mouche se dit d&#039;une personne habile &agrave; attraper les autres et plus g&eacute;n&eacute;ralement de quelqu&#039;un de subtil et clairvoyant.
[contact auteur : Daniel Benaim] - []
15Et je suis tomb&eacute; tout chaud, tout r&ocirc;ti
Tout r&ocirc;ti
&quot;Alors, tu attends que ton d&icirc;ner te tombe tout r&ocirc;ti dans la bouche ? Viens plut&ocirc;t m&#039;aider &agrave; peler les patates!&quot; comme disait ma m&egrave;re. <br /> Ce qui est fort ici, c&#039;est la combinaison de trois m&eacute;taphores.<br /> 1.Le &quot;dur &agrave; CUIRE&quot; (le macho, en somme) qui <br /> 2.tombe &quot;tout R&Ocirc;TI&quot; non pas DANS mais <br /> 3.CONTRE la bouche de la demoiselle. <br /> Pour ce genre de m&eacute;taphores prises au pied de la lettre et fil&eacute;es de fa&ccedil;on acrobatique, voir aussi Boris Vian.
[contact auteur : Henri T.] - []
16Contre sa bouche
17Qui a des dents de lait quand elle sourit,
18Quand elle chante,
19Et des dents de loup, quand elle est furie,
Dents de loup
Ici, sa &quot;poup&eacute;e&quot; se munit de dents de loup, quand au d&eacute;but de la chanson, c&#039;est GB &eacute;change les siennes contre des quenottes. <br /> Allez donc savoir comment s&#039;est faite cette substitution...
[contact auteur : Hugues Peccatte] - []
20Qu&#039;elle est m&eacute;chante.
 
21Je m&#039; suis fait tout p&#039;tit devant un&#039; poup&eacute;e
22Qui ferm&#039; les yeux quand on la couche
23Je m&#039; suis fait tout p&#039;tit devant un&#039; poup&eacute;e
24Qui fait &quot;maman&quot; quand on la touche.
 
25Je subis sa loi, je file tout doux
26Sous son empire,
27Bien qu&#039;ell&#039; soit jalouse au-del&agrave; de tout,
28Et m&ecirc;me pire...
29Un&rsquo; jolie pervench&rsquo; qui m&rsquo;avait paru
Pervenche
Peut-on penser qu&#039;il s&#039;agit d&#039;une fleur ? Toute l&#039;attention de l&#039;homme port&eacute;e jusqu&#039;&agrave; pr&eacute;sent sur sa compagne est maintenant d&eacute;tourn&eacute;e par cette fleur. La femme ne se sent plus privil&eacute;gi&eacute;e : furieuse de jalousie, ne se contr&ocirc;lant plus, elle massacre la fleur &agrave; coups d&#039;ombrelle.
[contact auteur : Didier B.] - []
Pervenche
Il serait facile de se laisser aller &agrave; penser que c&#039;est ici un nouveau moyen qu&#039;a d&eacute;velopp&eacute; GB pour croquer du gendarme (la pervenche d&eacute;signant famili&egrave;rement les contractuelles de la police parisienne, v&ecirc;tues d&#039;un uniforme bleu pervenche - originellement aubergine) ; cependant le Quid r&eacute;v&egrave;le que les aubergines polici&egrave;res sont apparues en 1971, et les pervenches en mars 1978, ce qui rend cette explication bien peu satisfaisante puisque la chanson date de la fin des ann&eacute;es 50...
[contact auteur : Henri T.] - []
Jeune fille
La pervenche dont il est ici question est simplement une jeune fille en fleur, par laquelle le narrateur a &eacute;t&eacute; tent&eacute;, ce qui a provoqu&eacute; la col&egrave;re de la jalouse P&uuml;ppchen. <br /> Un conte publi&eacute; en 1899 par le po&egrave;te Maurice Bouchor raconte l&#039;histoire d&#039;une jeune paysanne pr&eacute;nomm&eacute;e Pervenche :<br /> <span class="citation">&quot;On l&#039;appelait Pervenche &agrave; cause de ses yeux candides, dont le bleu tendre avait la fra&icirc;cheur et la puret&eacute; de la fleur ainsi nomm&eacute;e.&quot;</span><br /> Bouchor fr&eacute;quentait le po&egrave;te Jean Richepin, l&#039;auteur des Oiseaux de passage. Bouchor a notamment &eacute;crit &quot;Chansons joyeuses : un hymne en l&#039;honneur de Ma&icirc;tre Fran&ccedil;ois&quot;, (Fran&ccedil;ois Villon bien s&ucirc;r), c&eacute;l&eacute;br&eacute; par Brassens dans Le Moyen&acirc;geux . <br /> On peut penser que Brassens avait lu Bouchor. A d&eacute;faut de chanter ses po&egrave;mes, il lui aura emprunt&eacute; sa Pervenche...
[contact auteur : Michel M.] - []
30Plus jolie qu&rsquo;elle,
31Un&#039; jolie pervench&#039; un jour en mourut
32&Agrave; coups d&#039;ombrelle.
 
33Je m&#039; suis fait tout p&#039;tit devant un&#039; poup&eacute;e
34Qui ferm&#039; les yeux quand on la couche
35Je m&#039; suis fait tout p&#039;tit devant un&#039; poup&eacute;e
36Qui fait &quot;maman&quot; quand on la touche.
 
37Tous les somnambules, tous les mages m&#039;ont
Somnambule (1812)
Personne qui, dans un sommeil hypnotique, peut agir ou parler <span class="reference" title="source de la r&eacute;f&eacute;rence">Le Petit Robert</span><br /> L&#039;hypnose &eacute;tant utilis&eacute;e par les m&eacute;diums et autres mages (c&#039;est &agrave; dire devins), le somnambule ici pr&eacute;dit l&#039;avenir, sans malice (c&#039;est &agrave; dire sans m&eacute;chancet&eacute;).<br /> Les Rois Mages de l&#039;Evangile &eacute;taient sans doute beaucoup plus mages que rois. En tout cas, ils croyaient aux astres, puisqu&#039;ils ont suivi la com&egrave;te qui les a amen&eacute;s &agrave; Bethl&eacute;em.
[contact auteur : Henri T.] - []
38Dit sans malice,
39Qu&#039;en ses bras en croix, je subirai mon
40Dernier supplice...
41Il en est de pir&#039;s il en est d&#039; meilleurs,
42Mais, &agrave; tout prendre,
43Qu&#039;on se pende ici, qu&#039;on se pende ailleurs...
Se pendre
Selon moi, ici &quot;se pendre&quot; signifie &eacute;videmment &quot;se marier&quot; (l&#039;homme mari&eacute; ayant &quot;la corde au cou&quot;, c&#039;est un &quot;homme pendu&quot; argotiquement) ou, &agrave; la limite, entretenir une relation durable.<br /> Je rattacherais m&ecirc;me le vers 41 (au masculin donc pour &quot;supplice&quot;) aux femmes : il en est sans doute <span class="citation">de pires</span> et <span class="citation">de meilleures</span> (<span class="citation">ailleurs</span>) que celle-ci (<span class="citation">ici</span>) mais parmi les milliards de &quot;poup&eacute;es&quot; que compte la Terre, celle-l&agrave; convient parfaitement &agrave; Brassens.<br /> Le texte est, du coup, moins romantique...
[contact auteur] - []

<span class="citation">Il en est d&#039;meilleurs</span> <br /> A mon sens, Brassens ne parle pas des femmes mais bien de son dernier &quot;ultime&quot; supplice. Se marier aurait &eacute;t&eacute; comme &quot;se pendre&quot;, perdre sa libert&eacute; (expression courante chez les hommes).
[contact auteur : Phil B.]

Mari&eacute; ou pendu ! dit-on &agrave; quelqu&#039;un qui finit la bouteille.
[contact auteur : Stéphane Le Bourhis]
44S&#039;il faut se pendre.
 
45Je m&#039; suis fait tout p&#039;tit devant un&#039; poup&eacute;e
46Qui ferm&#039; les yeux quand on la couche,
47Je m&#039; suis fait tout p&#039;tit devant un&#039; poup&eacute;e
48Qui fait &quot;maman&quot; quand on la touche.

Georges Brassens